J’ai 30 ans

J’ai 30 ans, aujourd’hui.

Reprenant une idée de Frédéric Pontoizeau sur son blog De moi à la généalogie, je me pose la question : quelle était la vie de mes grands-parents et arrière-grands-parents à mon âge ?

Les 30 ans de mes grands-parents, ce sont les années d’après-guerre. En novembre 1946, c’est le deuxième anniversaire que Robert Specht, mon grand-père paternel, peut à nouveau passer auprès de sa famille. Après avoir combattu dans l’armée française en 1940, il épouse ma grand-mère Liselotte en novembre 1942 avant d’être incorporé de force dans l’armée allemande en mai 1943. En octobre de la même année, alors qu’il est au front, naît leur premier enfant. Le deuxième est en route lors de ses 30 ans et naîtra en février 1947, mon père mettra lui encore un peu de temps à arriver. En novembre 1946, il est ingénieur à l’Électricité de Strasbourg où il avait d’ailleurs rencontré ma grand-mère quelques années plus tôt mais en novembre 1946, Robert doit surtout être heureux d’être en vie même s’il garde de la guerre des mains déformées par des gelures contractées en Russie ainsi que des éclats de grenade logés dans son coude gauche.

Pour Alfred Rieger, mon grand-père maternel, la guerre est un peu plus éloignée lorsqu’il fête ses 30 ans en février 1951. Trop jeune en 1939, il n’a pas été appelé sous les drapeaux français mais a lui aussi été incorporé de force dès octobre 1942 et a lui aussi été envoyé sur le front russe. Il revient de la guerre sain et sauf, épouse ma grand-mère Marguerite, la fille des voisins, en décembre 1948 et en février 1951 ils attendent leur premier enfant, ma mère, qui naîtra quelques mois plus tard. Le couple habite à Altwiller, dans la maison familiale qu’il partage avec ses parents comme il est d’usage à la campagne. Il a repris l’exploitation agricole de son père, cherche à la moderniser et fait ainsi partie des premiers du village à acheter un tracteur. Il est également menuisier, comme tous les hommes de la famille, mais aussi musicien autodidacte — saxophone, violon, piano etc. — et anime les bals et autres fêtes des alentours. En février 1951, la vie doit sembler belle et pleine de promesses à Alfred et Marguerite.

Les 30 ans de mes arrière-grands-parents nous amènent dans le premier quart du XXe siècle. Il y a moins à dire : ces personnes ont eu 30 ans il y a près d’un siècle, assez pour que les souvenirs s’estompent.

Geoffroy Specht, le père de mon grand-père paternel, souffle ses trente bougies en mars 1909. Il est chauffeur de locomotive à Bettembourg au Luxembourg pour les Chemins de fer d’Alsace-Lorraine 1. Encore célibataire, il épousera Barbara deux ans plus tard, toujours à Bettembourg. Les Specht sont forgerons de père en fils depuis un siècle mais Geoffroy a suivi un chemin différent. En 1909 Martin, son frère aîné, est décédé depuis moins d’un an suite à une pneumonie mais c’est peut-être en partie grâce à lui qu’il a pu poursuivre ses études, quitter son village natal et intégrer les Chemins de fer, la relève de la forge familiale paraissant assurée par son frère.

Charles Degermann, le père de ma grand-mère paternelle, fête ses 30 ans en juillet 1917. Il est alors officier dans un régiment d’artillerie de l’armée allemande. Avec qui passe-t-il son anniversaire, sa famille ou ses compagnons d’armes ? Je n’en sais malheureusement pas assez sur son parcours durant la guerre pour répondre à cette question. Mon arrière-grand-mère Louise et lui se connaissent et se fréquentent depuis plusieurs années déjà. Ma grand-mère naîtra en septembre 1918 mais le couple ne se mariera qu’en 1929.

Emile Rieger, le père de mon grand-père maternel, a 30 ans en janvier 1911. Comme son père avant lui, il est agriculteur ainsi que menuisier. Célibataire, il vit dans la maison familiale à Altwiller où il assume le rôle de chef de famille depuis la mort de son père d’une pleurésie en 1906. Il a bien deux grands-frères mais le plus âgé s’est marié en 1901 et a quitté le domicile et le second, atteint de la tuberculose depuis de nombreuses années, est décédé en 1907. Emile finira par se marier avec Madeleine en 1920 mais ce mariage tardif ne lui donnera qu’un fils : mon grand-père.

Frédéric Heller, le père de ma grand-mère maternelle, aurait eu 30 ans en mai 1930. Il ne les fêtera jamais. Il meurt en mars 1929 des suites d’un rhumatisme articulaire, laissant ma grand-mère orpheline alors qu’elle n’a pas deux ans et sa veuve Emma enceinte de leur second enfant qui naîtra deux mois plus tard. Emma se remariera en mars 1930 avec le propre frère de son défunt mari, lui aussi veuf et père de deux jeunes enfants. De Frédéric il ne reste que de rares souvenirs de seconde main. Le principal à retenir est que nous partageons le même prénom et que ce n’est pas une coïncidence.


1. Les Chemins de fer d’Alsace-Lorraine (Kaiserliche Generaldirektion der Eisenbahnen in Elsaß-Lothringen) était une société qui, suite à la guerre de 1870 et la défaite française, assura l’exploitation des réseaux ferrés d’Alsace-Lorraine ainsi que du Luxembourg de 1870 à 1918.

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